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Lettre ouverte

Lettre ouverte : Reflet

. lecture : 4 minutes . Écrit par Naty FEDERICI
Lettre ouverte : Reflet

Reflet,

Longtemps je t’ai évité, longtemps je t’ai détesté, longtemps je t’ai déguisé, longtemps je t’ai ignoré, longtemps je t’ai repoussé... Et je m’en excuse.

Je sais que j’ai encore du travail à faire pour que notre relation s’améliore, ou du moins, se stabilise.
Mais je suis tout de même fière de nos progrès.
Des hauts et des bas il y en a eu et il y en aura.
Mais viendra le jour où je te dirai je t’aime.
J’ai hâte.
Ne t’inquiète pas, ne t’inquiète plus, ça va mieux. Même si quelques jours je peux t’en vouloir à tort ou à raison, sache que ça ira mieux. Patience.
Cela fait bien longtemps que tu m’attends, bien longtemps que tu me supportes, mais on sait tous les deux qu’on y arrivera.
Jamais nous pourrions nous quitter, nous ne faisons qu’un.
Alors autant s’aimer et s’écouter.
Autant s’assumer et s’amuser.

Tout a commencé à l’entrée du collège.
Et oui, arrive un jour où tu n’as plus 10 ans. Fini l’insouciance enfantine et bienvenue dans la cour des grands : tu te sous-estimes, tu te compares, tu es influencé ou tu influences.
Des larmes j’en ai versées. De la haine envers toi j’en ai déversée. La pré-adolescence fut la pire phase de notre relation.
Avec les années et le recul, je me rends compte du mal que j’ai pu te faire, des troubles que nous avons vécus et que je nous ai infligés, à tort.
Parce que faire des séries d’abdos dans son lit à minuit pour « perdre » du poids, ce n’est pas normal.
Parce que se nourrir que de yaourts 0% et s’imposer des régimes à 13 ans, ce n’est pas normal.
Parce que pleurer des heures devant son miroir ou dans son lit le soir, ce n’est pas normal.
Parce que mettre ses mains sur les hanches afin de les dissimuler, en faire une obsession jusqu’à en devenir un toc, ce n’est pas normal.
Parce que réfuter toutes formes de compliments, d’éloges, de mots concernant ton physique, ce n’est pas normal.
Parce que se répéter que tu es laide et qu’elles sont tellement plus belles que toi, ce n’est pas normal.
Parce qu’éviter toutes photos ou vidéos à s’en rendre presque transparente, ce n’est pas normal.

Heureusement pour nous, ces troubles se sont estompés et n’ont pas duré. Je n’ai jamais atteint la limite, car bien entourée et tout de même consciente de certains de mes actes, je n’ai pas connu l’excès des troubles alimentaires que malheureusement beaucoup subissent, à en devenir maladif.

En réalité, ce fut l’unique grande période où ton portrait m’était insupportable.
Puisque vient le moment fatidique et tant attendu de l’indépendance. Le moment de quitter le nid. Le grand envol. 18 ans et toutes mes dents, je prends mes cliques et mes claques pour apprivoiser la vie de jeune adulte. Une étape de plus qui permet à ta nature profonde de s’affirmer et de se découvrir.
On grandit, on teste et on apprend. Et surtout, on s’assume de plus en plus.

Les rencontres s’enchainent et se mêlent.

Puis arrive le jour de notre rencontre avec Lui. 21 ans et toujours toutes mes dents, voilà que l’amour nous foudroie. Lui, qui m’a fait sentir femme et belle. Parce que oui, l’amour nous a rendus plus beaux. Du moins, il m'a aidée à accepter l’être que je suis et que j’ai longtemps refoulé.

J’ai grandi, j’ai mûri, j’ai compris. J’ai compris qu’en réalité tu n’étais pas si repoussant que ça et j’ai cessé « d’entendre » pour enfin « écouter » les compliments (jusqu’à les accepter parfois)

Le temps fait son travail. Même si j’ai négligé ma part de responsabilité, parce que oui, il n’y a que moi au final pour faire avancer notre relation. Et j’avoue que j’ai un peu procrastiné… Pardonne moi pour ça aussi. Mais tu sais, ce job est le plus dur que j’ai eu à mener jusqu’à présent. Et le pire, c’est que tout le monde doit se le coltiner.

Néanmoins, nous avons connu de beaux moments ensemble. Tu sais, ces moments et instants de vie où je t’ai assumé et valorisé jusqu’à me sentir belle : lors des mariages, des réveillons de noël, de la Saint sylvestre, lors des vernissages de mon homme ou lors de mon premier trimestre de grossesse… Quand il me regarde, quand il me touche, quand il me dit que je suis belle, quand il me dit je t’aime… Lorsque je lui ai donné la vie, qu’elle me serre fort, qu’elle me sourit, qu’elle rit, qu’elle me dit « maman »…

Dans notre cas, devenir mère m’a rendue plus belle. En effet, cet amour incommensurable, indescriptible, inconnu auparavant que nous ressentons pour ce petit être, nous arrive en pleine face et prend tout l’espace. J’imagine que cet amour déborde tellement que je me suis retrouvée à devoir le ramasser pour m’en offrir un peu.

Cette fierté d'accompagner son enfant dans cette folle aventure qu'est la vie et d'arriver chaque jour à la rendre heureuse, combla en partie ce manque de confiance en nous. Donner et recevoir son amour nous a rendus comme invincibles. J’en oubliais ainsi ces petites insultes et autres défauts physiques que je pointais du doigt et que je m’infligeais. Il y avait maintenant plus important à mes yeux et un plus grand bonheur qui m'animait. Cette vulnérabilité se meut ainsi en une forme d’invincibilité.

A l’heure où je t’écris cette lettre, j’ai 24 ans. Il nous reste encore quelques collines à surmonter mais les montagnes, nous les avons franchies.

Je vous dédis ce texte, à toi et ton reflet. Peu importe ton âge ou ton sexe, je sais que tu es passé, tu passes ou que tu passeras par là.

Alors je te le dis, tu n’es pas seul à devoir travailler sur ton amour propre et à apprendre à te dire « je t’aime ». Croyons en nous, nous allons y arriver. Et ce jour là, nous l'hurlerons.