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Maternité / Reflexions / Lifestyle

Heroïnes : Les mères au foyer

. lecture : 11 minutes . Écrit par Naty FEDERICI
Heroïnes : Les mères au foyer

Aujourd’hui, il me fallait parler de cette grande décision prise il y a deux ans. De ce choix de vie, pensé et réfléchi depuis trois ans et demi. De ce grand challenge et de cette grande fierté. De ce quotidien devenu « hors norme », mais commun il y a encore quelques décennies : celui de mère au foyer. Quotidien dont la mise en abime est bien trop légère, selon moi, malgré la beauté et les difficultés qu’il rencontre. Il me fallait parler de ce véritable « travail », pas toujours évident. Alors voilà, en cette journée internationale des droits des femmes, je me devais de nous rendre hommage. Parce que nous avons le droit d'être reconnues pour ce rôle si important et parce que franchement, nous sommes un peu des héroïnes.



Dès nos débuts de jeune couple, la question des enfants et de l’éducation revenait régulièrement sur la table. Elle représentait un sujet de discussion passionnant. On se voyait déjà dans un van à faire le tour du monde, nageant dans les lacs isolés et solitaires, buvant des cocos fraiches tombées de leurs arbres et offrir à nos enfants la possibilité de découvrir le monde et apprendre la vie à travers lui.

Avant l’arrivée de notre fille, je travaillais avec mon fiancé. En parallèle, il m’arrivait de réaliser quelques projets de DA (direction artistique) en freelance. Puis, je suis tombée enceinte. J’avais 22 ans. Belle surprise qu’il était logique d’accueillir au mieux dans notre quotidien, déjà bien installé. Dès cet instant, toutes nos discussions et recherches concernant l’éducation d’un enfant, devenaient concrètes. Ces projections visualisées, devinrent une réalité à façonner.

Aujourd’hui, j’ai 24 ans. Notre fille, Noa, vient de fêter ses 19 mois. Le van et le tour du monde ne sont pas d’actualité pour le moment, mais on fait au mieux pour entretenir ce besoin d’évasion. En ce qui concerne l’éducation, rien n’est plus actuel et présent à l’heure où je vous écris ce texte.

Notre plan de vie avec ce nouveau petit être, passe par notre choix de rester à la maison et d’être présent pour elle. C’est ainsi que depuis 19 mois, je suis ce qu’on appelle communément : une mère au foyer.


De nos jours, nous avons la chance de faire ce choix. Ce qui, malheureusement, ne fut pas toujours le cas. Je pense que c’est notamment dû à ce passif de la femme au foyer « forcée et malheureuse », que celles d’aujourd’hui, doivent faire face à divers préjugés. Un choix qui peut paraître inimaginable pour certaines et fondamental pour d’autres.

Même si il est de moins en moins courant de voir cette pratique dans notre société actuelle, je reste profondément convaincue qu’il est essentiel pour notre famille, pour notre fille et son développement, que je sois présente à ses côtés au cours de ses premières années de vie.

Notre choix d’être freelance (mon compagnon étant artiste et moi travaillant avec lui) est en partie réfléchi dans l’optique de fonder une famille « hors » du système classique tel qu’on l’entend aujourd’hui. Mais forcément, ces choix peuvent être incompris, ou du moins, peuvent mener à des questionnements de la part d’autrui.

Depuis que je m’occupe à plein temps de ma fille, je me suis retrouvée face à des questions ou remarques récurrentes, telles que : « Mais du coup tu fais quoi à part t’occuper de ta fille? », « C’est ton choix de rester à la maison avec elle? », « Ce n’est pas trop frustrant de ne pas travailler ? », « Tu perds un peu de ta liberté, non ? »…

Dans cette société où le féminisme a pris une place dominante, on en arrive même à se faire questionner ou être incomprises par ces mêmes « féministes ». Paradoxal, n’est ce pas ? Il me semble qu’entre femmes, la solidarité et l’acceptation, devrait prédominer dans notre façon d’interagir… Du moins c’est comme ça que je le conçois.

Pour répondre à ces nombreuses questions, je dirais simplement qu’il suffit de me voir interagir avec vous pour comprendre que je ne suis ni forcée, ni malheureuse dans ma vie. On comprend rapidement que mon épanouissement vient notamment de ce choix. Et oui, on peut être femme au foyer et épanouie, même en 2020. On peut également être femme au foyer et travailler avec son conjoint. On peut voyager avec lui et sa fille. On peut entreprendre des projets personnels et professionnels. On peut écrire, filmer, monter, créer, s’inspirer et inspirer. Et oui, être une femme au foyer peut s’avérer, parfois, assez trépident. Il suffit de savoir ce que l’on veut. Il s’agit de choisir la direction que l’on souhaite emprunter.


Ma vie de mère au foyer est faite de couches sales, de réveils matinaux, de comptines redondantes, de vaisselle quotidienne, de balades sous le soleil, de siestes en voiture, de courses alimentaires à la biocoop, de « maman » et « tétée » à répétition, d’un oeil vif et d’une oreille attentive et d’un cerveau concentré à longueur de journée sur ce petit être.

Ma vie de mère au foyer est également faite d’aller-retour en train, entre Paris, Colmar et Aix en Provence, de voyages en Europe ou à l’autre bout du monde, de nombreux instants de joie et de partages passés en famille, de ses premières fois qu’on n’oubliera pas et dont on aura été témoins, de ces souvenirs que nous créons ensemble, de cet accompagnement permanent et de ces encouragements qu’on lui apporte quotidiennement.

Ma vie de mère au foyer est faite d’un temps précieux, d’un temps qui file sans nous demander notre avis. Comme ils disent : « Il faut en profiter, ça passe trop vite ». Et bien dans notre cas, ce temps nous l’aurons dévoré et dégusté jusqu’à la dernière et plus petite miette. Ce temps est aussi accordé à mes envies, mes passions. Il est venu l’instant où j’ai ressenti ce besoin de trouver le temps de créer et d’entreprendre mes projets. Ce qui ne fut pas le cas les premiers mois, mais qui s’est avéré nécessaire au bout d’un an. Devrais-je avoir honte de ne pas avoir eu de projet « professionnel » ? Devrais-je moi aussi représenter l’image de la femme carriériste moderne ? Non !! Parce qu’aujourd’hui, je sais quelles sont mes priorités et mes envies.

Alors non, cette femme au foyer n’est ni entretenue, ni soumise, ni paresseuse, ni dépendante, ni inintéressante… C’est comme si elle représentait l’anti-femme moderne.

Voyons :  La mère au foyer exerce tout de même l’un des plus beaux, l’un des plus importants, et complexes « métiers » de cette terre. Ce rôle, qui consiste avant tout à accompagner au mieux nos enfants, qui en réalité, demandent juste de l’amour et notre présence. Ce rôle qui consiste à devenir un pilier, un vrai roc, pour notre famille.

Ma vie de mère au foyer est juste une vie de femme indépendante, qui libre de faire ses choix, assume ses nouvelles responsabilités.

Puis on développe de nouvelles compétences. Comme toutes mères, on devient une vraie machine de guerre. On fait « tacata » aka le cheval, tout en passant l’aspirateur. On donne la « tétée » tout en écrivant son prochain texte pour son site. On prépare de l’acaï tout en chantant la « gadoue » (même en verlan s’il le faut). On filme l’exposition de son fiancé, tout en endormant sa fille en porte-bébé. On ramasse chaque lego et autres vêtements étalés au sol tout en lui apprenant à dire « merci », « coucou », « bye bye »… Puis on arrive en fin de journée, fatiguée, parfois vidée, après l’énième tétée et le rituel du coucher, mais le coeur toujours rempli d’amour.


« Tu perds un peu de ta liberté, non ? »

En ce qui concerne cette notion de « perte » de liberté, je dirai que c’est à nous de définir ce qu'est LA liberté. Selon moi, elle est propre à chacun.

Quand je visualise ma liberté, je la vois chez moi, avec mes proches et ma fille que je vois grandir et évoluer chaque jour. Cette liberté agrémentée de voyages, de projets, sans réveils ni horaires fixes, sans patron, ni bureau. Ma liberté, c’est de me lever chaque jour, sans « obligations » dictées ou apprises, sinon celles induites pour le bien-être de Noa. C’est de m’être émancipée de ce qui « doit être fait », de ce qui « doit être appris », ou de ce qui « doit être répété ». L’important est de respecter la liberté de chacun. De ne pas juger mais de conseiller lorsqu’on nous le demande et d’écouter lorsqu’on nous parle.

Concernant la capacité à s’épanouir personnellement, je vous répondrai que c’est possible. Tant que ce choix est fait en conscience et que les regrets ne s’installent pas. Mère au foyer ne signifie pas la fin de ta vie « professionnelle ». Des projets personnels, des passions ou autres activités peuvent être exercés en parallèle. Là est notre force. Malgré ce rôle et ce temps consacré à nos enfants, on arrive encore à puiser l’énergie vitale pour créer. Alors, je m’organise pour trouver ce temps à m’accorder. Je reste proche de ce qui m’anime au quotidien, de ma famille, de la nature, des voyages et de Dieu.

Mise à part ça, mon épanouissement personnel se fait à travers ma maternité. Ce nouveau rôle représente le plus important de ma vie. J’ose imaginer qu’il en est de même pour toute femme devenu mère et tout homme devenu père. Parce que oui, dès son arrivée, je me suis sentie plus vivante, plus complète, plus remplie, plus affirmée, plus digne, plus femme. J’ai ressenti cet amour intense et sans limite. J’ai même commencé à prendre davantage confiance en moi et en ma féminité. Chose qui était loin d'être gagné...

Puis le terme « au foyer », est sûrement mal choisi. Il faut dire que dans notre cas, nous sommes loin du mode de vie sédentaire. Comme je vous l’ai décrit un peu plus haut, notre vie pourrait être qualifiée de nomade et peu commune. Alors bannissons ces idées reçues et ces préjugés.


Mais je ne vais pas vous mentir. C’est vrai qu’il arrive que la frustration, à partir d’un certain temps, se fasse ressentir dans notre quotidien. Qu’on se sente un peu coincée, du moins limitée. Tant qu’on a pas trouvé notre équilibre. Tant qu’on a pas dégagé du temps. Mais n’est-ce pas là le lot de tout à chacun ?

Parfois j’ai envie de hurler, de m’échapper. Parfois je pleure de nerfs ou de fatigue. Ma tête est sur le point d’imploser. Ma raison se meurt et ma rationalité avec ! Les deux deviennent juste la résultante d’une envie profonde de tout sortir, de tout lâcher. Me relâcher, fuir. Fuir mes responsabilités, fuir mes obligations, fuir le quotidien.

Oui, parfois j’ai juste envie d’être seule. Partir loin, naviguer, m’envoler, m’échapper, peu importe… prendre un temps indéfini mais long pour me ressourcer, tout couper. Parce qu’il arrive qu’on se sente trop sollicité...trop longtemps. Passer en second plan et mettre ses désirs de côté, reste quelque peu frustrant par moment. Il arrive qu’on s’épuise, qu’on ne gère plus. Parce que notre énergie est mise à mal et qu’on la dépense pour deux.

Malgré cette chance dont je suis consciente, il m’arrive comme tout être humain, de douter de moi ou simplement d’être fatiguée. Il m’arrive de me manquer. Au fur et à mesure que les mois passaient, mon envie de me retrouver revenait. Tout parent le sait bien, un bébé prend du temps et pompe de l’énergie. Le parent au foyer, le sait encore mieux que quiconque.

Puis je culpabilise.

Et je commence à douter de mes envies et de mes véritables besoins. Est-ce réellement légitime de me plaindre ? Est-ce normal de vouloir m’éloigner par moment ? La réponse est OUI. A cet instant il faut en parler, il faut prendre ce temps qui nous revient de droit.


Impensable pour moi de faire autrement avec notre fille, j’ai réussi à trouver mon rythme. Mais un enfant évolue. Elle a évolué entre son premier jour et ses 19 mois. Moi également. Mes envies, mes expériences, mon rôle de mère, d’épouse ont influé mon rôle de femme. Rôle que je décide de jouer depuis le début et qui ne cesse de muter.

J’ai compris que l’important dans tout ça, n’était autre que trouver un équilibre et accepter  de rencontrer des difficultés. Accepter qu’être mère au foyer puisse être difficile et fatiguant. Accepter que je ne suis pas cette super-héroïne parfaite que l’on souhaite nous vendre sur grand écran ou sur les réseaux sociaux.

Mais accepter que je suis une héroïne, tout de même, à ma façon. Pour ma fille et pour ma famille. Cette héroïne imparfaite, avec ses failles mais surtout ses forces. Accepter d’assumer ses choix de vie et la manière d’élever mon enfant. Rester persuader que notre choix est le bon et qu’il nous appartient.

Puis je tiens. Pour elle. Parce que je l’ai voulu, je m’y suis préparée bien avant son arrivée. Que son avenir, son développement et son épanouissement en dépendent. Et qu’au final, mon but ultime n’est autre que son bonheur. Lui apporter l’amour qu’elle mérite, à travers ma présence et ma disponibilité.

Et tous ces efforts payent. La voir sourire, rire, marcher, courir, parler, murmurer, câliner, embrasser, danser, chantonner, et ce, chaque jour, ne peut être aucunement associé au « sacrifice » tel qu’on l’entend. Parce que tout ça, tout ce qu’elle représente et tout ce qu’elle incarne, valent mille « sacrifices ». Quelle fierté de la voir évoluer et s’épanouir autant.

Au final, j’ai découvert ce qu’était le temps, mon temps. J’ai appris à délecter et savourer chaque instant passé avec moi, pour moi. Comme ces matinées au Pain quotidien, à boire mon cappuccino et à tapoter sur mon clavier d’ordinateur les mots que je souhaite poser. Ou comme ces balades en ville, à prendre le temps, sans avoir à tenir ce regard aiguisé pour surveiller tous ses faits et gestes. Même ces minutes passées seule sous la douche ou aux toilettes, en voiture ou dans mon salon, deviennent précieux. Le silence devient plus agréable et le sommeil plus appréciable. J’en viens à déguster ce qui avant, pouvait être négliger.


J’en arrive à vous parler de cet étrange sentiment, livré, je présume, avec ce rôle de mère au foyer : ce besoin de reconnaissance. Un besoin qui parfois devient trop grand, lorsque les choses se compliquent. Sûrement dans l’optique d’égaler, voir de balayer, ces moments de  frustration.

Peut- être qu’au fond je pose ces mots pour ça… pour que vous reconnaissiez mon combat et mes choix. Qu’on me lance des « Bravo Naty », comme on peut féliciter mon  fiancé pour son art et son travail. Mais quelle prétention… Comme si j’étais à la recherche de cet alter égo. Celui qui vivrait la même situation que moi. Qui ressentirait ce même sentiment de frustration. Qui rechercherait un équilibre parfait, tout en étant conscient qu’il restera inatteignable. Parce que oui, la vie, ça fluctue.

Puis au fond, je le sais. J’essaye de me le répéter lors des ces moments de doute. Je me regarde dans le miroir, les yeux mouillés, les paupières gonflées et le visage bouffi, encore un peu rougeâtre, et je me le répète : « T’es une battante. Tu as réussi et tu continues. » Finalement, cette reconnaissance que j’attends, n’est autre que celle que je peux lire dans leurs yeux, à lui et à elle. Celle des autres m’importe peu.

Mais je me relève, et je continue de voir. Je vois ce que j’accomplis, ce qu’on accomplit, ce qu’il accomplit.

Je le vois, toujours là auprès de moi. Un battant. Un guerrier. Qui n’hésite pas à s’aventurer sur le champ de bataille pour nous, pour notre famille. Qui dépense l’énergie de deux pour subvenir aux besoins de trois. Et je me dis que tous ces rares instants d’égarements, d’opposition entre nous, dû à ce stress ou cette fatigue, sont secondaires. Qu’il suffit d’en parler pour résoudre les équations mal comprises. Mais qu’il ne faut surtout pas les laisser prendre trop de place, au risque qu’elles débordent ou qu’elles explosent.


Notre mode de vie, notre quotidien, nous l’avons voulu, nous l’avons choisi. Comme dans  toutes décisions, il s’avère qu’il s’y cache quelques difficultés. Mais personne jamais, n’avait dit que ce serait facile tous les jours. Mais ce quotidien qui nous est propre, est avant tout beau et riche. Il nous correspond. Il nous comble. Et pour rien au monde je l’échangerai. Je suis plus que reconnaissante de la chance que j’ai, aujourd’hui, de pouvoir disposer de ce bonheur. Le véritable bonheur. Parsemé d’embûches, il n’en devient que plus vrai. Mon rôle de mère au foyer n’a jamais été un regret, loin de là. Mon rôle de mère au foyer est une fierté.

J’espère qu’à travers ces mots vous comprendrez que cette position demeure un choix voulu pour de nombreuses mères ou de nombreux pères. Qu’elle résulte d’une envie réfléchie et décidée à deux. J’espère que vous comprendrez que dans notre cas, cette présence pour notre fille, est le plus grand cadeau que l’on puisse lui offrir. Qu’elle représente un véritable engagement, un véritable « travail ». Que sous-estimer, dévaloriser ou minimiser toutes nos actions du quotidien, témoigne d’un manque de compréhension, de respect et d’ouverture d’esprit. J’espère qu’à travers ces mots vous reconnaîtrez notre investissement, notre combat et notre dévotion.

Alors à toutes ces héroïnes et héros du quotidien, je tiens à vous le dire : BRAVO.