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Reflexions

Les disputes de couple

. lecture : 12 minutes . Écrit par Naty FEDERICI
Les disputes de couple

Ce texte, je l’ai écrit il y a deux mois. Je le sors enfin, ne me demandez pas pourquoi maintenant, je n’en sais rien. Les souvenirs de cinéma et de temps froid prouvent que c’était bien avant, bien plus tôt. Je vous laisse donc avec la suite, qui, comme vous l’aurez compris dans le titre, va dépeindre de ces moments, pas toujours roses et doux, vécus à deux.

J’écoute « You’re the one » de S+C+A+R+R, musique du moment entendu au cinéma la veille. Je crois qu’elle m’inspire aussi pour poser ces mots. Qu’elle me met dans un bon mood créatif. Tu sais celui qui te donne envie de tout sortir, de danser nue, avec des mouvements amples au ralenti, comme dans un clip indé aux tons sombres et lumineux à la fois. Nous sommes le 2 mars 2020. Il fait gris et frais dehors. Même si je préfère le ciel bleu et le soleil chaud, cette météo joue sur mon inspiration du jour. C’est exactement dans ces conditions que je vais aborder un sujet n’ayant aucun lien avec tout ce que je viens d’énumérer. Aujourd’hui, je vais vous parler des disputes, des embrouilles, des engueulades, des remises en question, des reproches, des remontages de bretelles, des discordances, des haussements de tons… en couple.


Petite, je me souviens de ces bruits de fond provenant du salon. Mes parents nous demandant de rester enfermés dans notre chambre, impossible d’éviter ces houleux échanges entre une femme et un homme remontés, mais amoureux. Comme tout enfant, on panique. On pense à la séparation, on envisage le divorce, même si au fond, on n’y croit pas. A nos âges, la notion même de dispute et d’énervement entre deux être aimés ne peut être envisagée. Sauf peut-être entre frère et soeur, cousin et cousine, copains et copines. Mais entre maman et papa, jamais. Ces sensations vécues par nos parents à cet instant nous paraissent irréels. Puis vient le moment où la porte de ce salon s’ouvre, et où l’on entend résonner « Les enfants, venez ! On doit vous parler. »

Nos coeurs battent la chamade, nos regards se croisent pétrifiés. On avance, on s’assoit sur le canapé. Attentifs, ils nous parlent. Jamais de la cause de leur dispute, mais des différends entre « maman et papa ». « Qu’il arrive de se disputer, que ce n’est pas toujours grave, que l’on s’aime toujours ». « On ne va pas divorcer, voyons ! ». On a été épargnés.

Au final, nous grandissons avec les disputes de nos parents, avec leurs capacité à les surmonter, à les apprivoiser. Avec leur capacité à nous protéger de leurs craintes ou à nous les communiquer avec leurs moralités. Je grandis, et je comprends avec le temps le « pourquoi du comment ». Tu comprends leur mise en garde et tu comprends leurs différends d’antan.  Le « pourquoi » de leur dispute, le « comment » de leur manquements. L’impact est beaucoup moins violent, pour nous qui ne sommes plus  des enfants.

Puis un jour, c’est à ton tour de tomber. De tomber amoureuse. Alors tu te mets en couple et tu pars vivre tes premières fois. Ton premier rendez-vous, ton premier baiser, ton premier rapport, ton premier « je t’aime », ta première cohabitation, ta première crise de jalousie, ta première dispute. C’était à mon tour de connaître la vie de couple et de traverser ces différents tournants.


Les claquements de porte, les regards en coin, les regards noirs, les jugements indirects, les mots violents, les reproches fulgurants. On se croirait dans une scène d’Opéra où ténor et soprano échangeraient dynamiquement un dialogue hautement sonore et chantant. Tantôt calme et vicieux, tantôt chamboulant et ravageur. Un jeu de rôle où chacun interprèterait sa double personnalité. Un rôle qui permettrait de lâcher ce lion en cage, sans maîtrise et en perte de contrôle totale.

Heureusement, comme toute oeuvre théâtralisée, on nous présente des passages plus légers et romantiques, aux tons suaves et tranquilles. On nous propose des changements de décibels, élevées ou faibles, des variantes de tessitures, graves ou aiguës. La vie de couple me fait penser à ces pièces dont on serait les scénaristes, où les péripéties se feraient multiples et diverses, belles et laides.

Étymologie. (XII e siècle) Du latin disputare (« examiner, discuter »), d'abord employé au sens de « discuter, débattre », puis à partir du XVIIe au sens de « rivaliser avec, (se) quereller ». Même l’étymologie dépeint de l’évolution de la dispute. Censée être au départ un point de discussion, voire de débat, on s’est vite rendu compte qu’il était bien difficile de garder son sang froid, un ton serein et un langage respectable. L’opposition, les cris ou les mots déplacés sont en réalité une des premières étapes d’une dispute. Après avoir observé minutieusement l’être humain et ses failles, il était donc logique d’attribuer au mot « dispute » sa définition actuelle :  « rivaliser avec, se quereller ».


Je l’aime. C’est justement pour cela qu’il m’arrive parfois, de m’exaspérer, d’être de mauvaise humeur, d’être sur la défensive, de tout lâcher et de tout sortir, parce qu’il est moi et que je suis lui. Un peu comme un miroir devant lequel j’analyserai tous mes défauts, sans avoir à les cacher. Parce qu’au final, c’est qui je suis. Avec lui, je ne triche pas, je ne mens pas. Bientôt quatre ans que l’on partage la vie de l’autre. Bientôt quatre ans que nous évoluons individuellement ensemble.

Alors oui, cela peut sembler paradoxal. Cette personne que tu aimes, ton binôme, ta moitié, ton duo, devient celui sur lequel se défouler. Parfois voulu, souvent justifié, par moment imprévisible ou incontrôlé, c’est cette personne que tu mets en première ligne sur le champ de bataille.

J’ai remarqué qu’avec cette personne, on acquiert un certain réflexe. Celui de tout lui dévoiler, de tout lui déballer, sans trop réfléchir. Il n’y a ni d’à peu près, ni de demi-mesures. Tous les masques tombent. On se dit tout, du moins on essaye. C’est aussi ça la beauté d’un couple : ne plus mettre de voiles même sur les parties les plus disgracieuses. On en oublie parfois le respect et cette considération qu’il mérite, tel un « invité de marque ».

Puis arrive l’instant où la communication peine à trouver le bon ton, jusqu’à être moyenne, voire médiocre. C’est là que l’on tombe dans le « piège » de tous les couples : la fameuse dispute. Cette dernière dépend de nos actes et de nos mots. Alors parfois, reproches, cris et pleurs peuvent être justifiés.

La dispute est inévitable. Quelques fois inoffensive, souvent dangereuse, elle peut nous faire glisser, nous faire ramper. Elle peut nous laisser des cicatrices en surface ou en profondeur. Mais elle nous permet aussi d’avancer. Elle nous évite de reproduire les erreurs du passé dans ce futur que l’on voit arriver. Elle pousse aux réajustements, à l’évolution commune et personnelle. La dispute peut aussi être maîtrisable. Au final, elle peut même s’avérer évitable (avec le temps, de la patience et beaucoup de sagesse).

Quoi qu’il en soit, j’étais prête à l’affronter. Prête à affronter ces quelques chemins sinueux et glissants. La chute étant vite arrivée, c’est à ce moment que le premier doit arriver à retenir le second avant qu’ils s’entraînent tous deux sous un écroulement.

Il faut dire que ça fait partie du jeu. Mais mieux vaut connaitre les règles avant de faire game over. Pour tout vous dire, nous sommes loin d’être de grands joueurs. Nous préférons éviter ces jeux sombres pour laisser place aux plus agréables. Cependant, en quatre ans de vie commune, nous avons eu le temps d’expérimenter et de nous entraîner.


J’ai pu observer la fin de beaucoup de couples. Des fins justifiées, mais beaucoup d’autres prématurées et gâchées. Des problèmes pouvant être résolus, devenaient avec le temps des équations interminables et incompréhensibles, donnant lieu à l’abandon des deux parties. Pourtant, chez certains, la solution n’était pas très loin. La société actuelle peut être cruelle. Les tentations, le manque de communication, la perte de valeurs, la pression extérieure, les traumatismes d’enfance, la routine, l’orgueil, l’ignorance, la jalousie, etc… Oui, les couples font face aux pièges environnants. Mais à nous de les déjouer, et de les anticiper. A nous d’apprendre à se connaitre, à se protéger et à se fortifier.

Par exemple, la jalousie. Elle peut naître de cette absence de confiance en soi, de cette comparaison auto-infligée et surtout, de cette peur de l’abandon. Cette peur d’être mise de côté, délaissée, rejetée. Cette peur qu’il trouve mieux ailleurs, plus belle, plus intelligente, plus drôle, plus talentueuse, plus passionnée. Cette peur que tout s’arrête. Cette peur que notre histoire soit marquée par ce point définitif, sans retour à la ligne possible. Chez certains, la jalousie peut devenir notre pire ennemi. Alors on s’efforce de la dompter, de la maîtriser, pour éviter son emprise sur le couple, emprise qui peut mener aux fissures, voire à la cassure. Avec les années, j’ai pu constater que l’une des clés est d’apprendre à s’aimer. De cette évolution personnelle, résulte un impact positif sur son couple. Ta propre confiance te rappelle celle que l’autre te renvoie. Alors, elle te soutient lorsque ton irrationalité revient.

Nous nous sommes préparés bien des années à affronter le terrain. De part notre éducation respective, nos valeurs et notre foi communes, nous avons échappé à nombreux de ces pièges tendus, notamment les plus « graves », rarement irrécupérables. Calmes et posés, amoureux et respectueux, ne recherchant ni la bagarre, ni l’opposition, nous avons pourtant participé à quelques échanges sur le ring. Oui, on est tous humains, et qui plus est, amoureux. Alors, notre rationalité est mise à mal et notre impulsivité est mise à cran.


Notre vécu, nos tempéraments et nos expériences, ont influencé notre manière de réagir face aux conflits.

De par son âge plus avancé, ses diverses relations amoureuses et un nombre de lectures plus conséquentes sur le développement personnel, il était devenu un joueur émérite. Moi, plus jeune, au nombre de relations amoureuses s’élevant à zéro et comptant à mon actif aucune lecture sur le développement personnel, je n’étais qu’une débutante.

Une certaine asymétrie se faisait donc ressentir lors de nos premiers échanges tumultueux de jeune couple. J’avais tendance à me braquer puis à me cloîtrer dans ce profond silence extérieur et ce brouhaha intérieur. A bouillonner calmement, jusqu’au moment où tout sortait, maladroitement. Quant à lui, il parlait. Beaucoup. Il gardait son calme quand le mien s’envolait. Il essayait de temporiser la situation, jusqu’à parfois minimiser le fond. Ce qui pouvait en réalité, m’exaspérer davantage. De manière générale, il y avait un problème de langage, un problème entre l’homme et la femme. Notre manière de penser, de s’exprimer, de ressentir et d’interpréter est opposée. J’attendais de lui qu’il anticipe certains de mes maux, qu’il lise mes pensées non-exprimées, qu’il agisse sur des aspects plus importants que ceux qu’il imaginait.

Ces disputes que nous avons rencontrées, nous ont permis de faire sortir ce qui restait cloîtré. Elles nous ont permis d’avancer plutôt que de reculer. Il faut juste savoir les différencier afin de ne pas les alimenter ni les envenimer, au risque de tout faire exploser. Les plus vicieuses, restent les plus bénignes. Celles qui nous polluent, celles qui s’immiscent entre nous par la routine ou par manque de communication, celles du quotidien et que nous laissons accroître. Elles sont souvent causées par ces simples reproches, quelques actes manqués, l’absence de sommeil ou un manque d’attention.

Il arrive qu’un « Tu as encore oublié de fermer les placards » ou un « Tu n’oublies pas de faire la vaisselle », pique, vexe, saoule, fatigue, angoisse ton être profond. Il arrive qu’un manque de caresses, de câlins, de je t’aime, engendre un fossé, qui en réalité, peut vite être comblé.

Nos « vraies » disputes ont vu le jour lorsque nous sommes devenus parents (comme beaucoup de couples j’ai l’impression). On se retrouve face à une dose d’amour exponentielle et quotidienne. On se retrouve face à ce nouvel être, totalement dépendant, face à ces nouvelles responsabilités, ces nouveaux questionnements. On se retrouve surtout face à cette fatigue méconnue auparavant, face au manque de temps, ce temps de couple et ce temps individuel. Les mois passent, les problèmes rencontrés aussi. Tu essaies de les maîtriser, mais quand il reviennent sans cesse, c’est qu’un de nous deux, (ou les deux) est fautif. Manque de compréhension, manque de patience, d’analyse, de souplesse ou de tact. Peu importe, notre tête peut vriller et nos mots avec.

Alors, on a qu’une envie : lui faire mal afin qu’il réagisse. On pointe ses plus gros défauts, on sort les mots douloureux, on l’ignore ou on le manipule. Une des personnes que tu aimes le plus, devient ton premier ennemi, ta cible principale. Tu vises, puis tu tires. Le but étant de savoir lequel de nous deux tombera en premier. Habituellement des alliés sur le champ de bataille, nous lui tournons le dos lors de ces instants d’opposition.

Le tourbillon ne cesse de tourner, on s’embourbe, on se prend au piège et comme incapable d’en sortir, se sentant trop léger face au poids de ce dernier, on reste, telles des feuilles mortes, sous son emprise. On tourbillonne, attendant la fin de cette rafale de vent. Alors on cherche la solution qui se trouve généralement dans la discussion. Les mots pansent nos maux. Ainsi, on les pose ensemble, en évitant de chevaucher ceux de l’autre.


Certes, les disputes ne sont pas nécessaires mais la communication est primordiale. Le plus difficile est d’arriver à transmettre nos idées, nos conseils, nos observations et nos discordances. Réussir à s’adapter à la personnalité de l’autre sans changer la nôtre pour autant.

Même si celui en face est en éruption totale, il faut partir, il faut laisser le temps de redescendre et de refroidir. Rien ne vaut de plonger dans son feu jaillissant. On risque  juste de se brûler dans son bûcher. Alors, avec le temps et l’expérience, j’ai compris que tout venait de nous. Que l’important est de travailler sur soi. D’apprendre à se connaître et d’arriver à évoluer, en mettant surtout son orgueil de côté.

J’ai finalement compris d’où venait cette tendance concernant les livres de développement personnel. J’ai compris pourquoi ils ont trouvé un succès incomparable ces dernières années. Parce que nous sommes tous perdus le temps d’un instant. Notre envie profonde est alors de se trouver, de se comprendre, d’être aimé et de s’aimer. Certains cherchent même une forme de perfection. Perfection en réalité inexistante, ce qui risque de mener certains à la déception ou à l’auto destruction. Apprendre à s’accepter nous guide davantage vers cette satisfaction et cette sérénité tant recherchées.

Alors, dans ces moments de panique, dans ces moments de fragilité, je me suis mise à faire comme eux. Je me suis retrouvée à lire des livres comme les « Quatre accords toltèques » de Don Miguel Ruiz ou encore « Comment se faire des amis » de Dale Carnegie. Ce dernier, écrivain et conférencier américain, nous transmet d’ailleurs quelques clefs et bons conseils pour aborder les relations humaines. Il bannit la colère et l’intimidation et prône l’humanisme et la gentillesse. Il nous conseille et nous enseigne comment se mettre à la place de l’autre pour trouver les arguments les plus percutants. L’approche reste cohérente, très simple et saine. Sans rentrer dans le cliché de la « positive attitude » il nous fait comprendre que se plaindre, condamner et critiquer sans valeur ajoutée, est nuisible pour l’autre mais avant tout, pour nous. Il est préférable d’essayer de comprendre l’autre plutôt que de le condamner. On se retrouve à le laisser faire ces erreurs, le laisser avoir ses avis, en restant avant tout, un conseiller, une oreille pour écouter. Puis, on montre l’exemple à travers nos propres choix, notre parole impeccable, notre capacité d’écoute et de dialogue. Il faut partir du principe que nous n’aidons personne, la personne s’aide elle-même. Mais nous pouvons l’influencer positivement.  Puis vient l’étape du pardon. Apprendre à lui pardonner et accepter qu’il est loin d’être parfait. Apprendre à dire pardon et accepter que je suis loin d’être parfaite.


On en a connu des disputes, des embrouilles, des engueulades, des remises en question, des reproches, des remontages de bretelles, des discordances, des haussements de tons… Mais notre amour, nos efforts et nos remises en question nous ont permis d’ajuster  notre entité. En quatre ans, je me suis vue évoluer, grandir et mûrir dans mon couple. Je l’ai également vu s’adapter, m’écouter et me comprendre davantage. Oui, un couple ça se travaille, comme toutes relations humaines. Un couple passe par des chemins brûlants, mais un couple ne s’y consume pas pour autant. Un couple peut se voir marié 50 ans, et finir ses jours lyriquement. Evitons de baisser les bras au moindre obstacle, évitons de perdre espoir au moindre échec.

Alors le temps devient notre allié. L’expérience et l’âge qui ne cessent d’augmenter, nous permettent d’atteindre une forme de sagesse. On s’est vu grandir ensemble. On s’est vu changer ensemble. On s’est vu franchir les étapes côte à côte, coeur contre coeur. On s’est vu emménager, voyager, déménager, travailler, devenir parents. On s’est vu s’endurcir et s’accomplir. Lui et moi sommes devenus plus forts, plus patients, plus soudés, plus combattants, plus endurcis, plus affirmés. Même si on rechute et qu’il reste quelques travaux à réaliser afin de tout consolider, notre bâtisse reste debout grâce à ses fondations fortifiées.

Au final, l’important est de ne pas effacer, ni oublier. De ne pas oublier les baisers, les caresses, les rires, les qualités, les efforts, les attentions, et les petits mots. De ne pas oublier les bons moments, les beaux souvenirs et surtout, les victoires accomplies.

Le couple c’est une aventure. C’est un roman, un film, une pièce de théâtre ou un opéra. A nous de choisir la fin. Une fin rieuse, une fin heureuse, une fin amoureuse.