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Reflexions

L'éducation de l'amour

. lecture : 10 minutes . Écrit par Naty FEDERICI
L'éducation de l'amour

L’amour se vit. Il se ressent et te guide. Souvent, tu deviens un peu son esclave. Tu le suis partout où il va. Il t’arrive de n’écouter que lui, jusqu’à t’aveugler. Parfois on aime mal, trop ou pas assez. L’amour, ça fluctue. Il peut déborder comme s’évaporer.

En cette période de Saint Valentin, j’ai eu envie de parler « amour ». Je ne vais non pas vous parler de  l’Amour, de mes amours ou de mes désamours mais plutôt de l’importance de transmettre à ses enfants l’art d’aimer. Non pas ses proches, ses frères et soeurs ou son chien, mais l’art de croire en l’amour à deux. Cet amour que l’on porte et que l’on peut ressentir pour son partenaire de vie.

Avant tout, je suis bien consciente que le parcours de chacun est personnel. Ce que je partage  avec vous dans ce texte, n’est autre que ma vision, mon expérience et mon analyse.


J’ai eu la chance de grandir au sein d’une famille soudée, orchestrée par mes deux parents. Ma mère et mon père, ensemble depuis leurs 17 et 21 ans. Mariés depuis 25 ans.

Transmettre l’amour est la première mission de tout parent. Et il faut dire que celle-ci fut  une grande réussite pour la famille Moselle.

Les sorties, les soirées films, les déjeuners, les diners, les fêtes de famille, les Noëls, les vacances, les débats, les disputes, les réconciliations, les premières amours, les premières fois, les étapes de vie, du premier cri au dernier rire, du premier jour au premier départ… nous les avons vécus ensemble.

Ils nous ont offert le plus beau cadeau qui soit : leur présence et leur amour indéfectible. L’amour qu’ils ont envers nous, bien évidemment mais également celui qu’ils se portent l’un à l’autre. On s’est vite rendus compte que ces instants de vie en famille, qui peuvent paraitre anodin, étaient en réalité, une véritable chance.

Inconsciemment et consciemment, cet amour parental, la force de leur couple et la solidité de leur mariage, nous a prouvé que c’était possible. Ma soeur, mon frère et moi, avons grandi avec la force de son existence.

Face à nos nombreux camarades de classe aux parents divorcés, aux familles mono parentales, à l’éducation restrictive, parfois douloureuse, on se sentait comme privilégiés. Très tôt nous avons su, notamment à travers les dires et remarques de nos proches, d’amis ou d’inconnus, que notre famille était « à part ». Que notre complicité, nos partages, nos fous rires, nos secrets, nos rituels, notre soutien, pouvaient se faire rares au sein d’autres foyers. Tandis que le nôtre vibrait. Et ce, grâce à l’amour. Ou plutôt grâce à leur art d’aimer. Parce qu’on le sait bien : aimer ne suffit pas toujours à combler.


Certains me diront utopiste ou rêveuse, voir enjoliveuse. Je peux comprendre. Mais croire cela  reviendrait à remettre en question sa propre vision de l’amour et surtout sa capacité à aimer « bien ». Pour moi, ne pas y croire, ou ne plus y croire, c’est mettre fin à quelque chose qui n’aurait pas eu le temps de commencer. Quelque chose qu’on aurait soi-même freiné et évité.

Alors oui, mes parents et leur vision de la famille, leurs principes, leurs échecs et leurs réussites, m’ont permis aujourd’hui de créer mes propres convictions et de faire mes propres expériences.

Du haut de mes 24 ans, j’ai pu prendre du recul sur cet amour. Notamment en vivant le mien avec mon propre partenaire de vie. Je passe de spectatrice à actrice. A mon tour de transmettre  à ma fille, l’importance d’aimer, et surtout de croire en son existence. A mon tour d’être un modèle avec son père. De nous surpasser pour toujours mieux s’aimer, et faire face au temps qui passe. A mon tour de faire que ce temps devienne notre allié plutôt que notre ennemi. A mon tour de lui prouver qu’un couple ça fonctionne à deux, sans lui cacher les difficultés rencontrées parce que oui, un couple ça s’entretient.


Nourrisson en 1995, enfant en 2000, jeune fille en 2010 puis mère en 2020, je me rends bien compte de l’évolution de cette société. J’observe et tente d’analyser l’amplitude et l’augmentation de cette consommation des corps. Cette exhibition qu’on nous impose et qu’on n’impose à notre tour. Les enfants de 2020, ne sont plus les enfants de 2000. Leurs influences, leurs discussions, leurs modèles, ont évolué au même titre que cette société.

À l’heure de Tinder, des ruptures précoces, des coups d’un soir, à se consommer et se consumer, à l’heure de cette incapacité à s’aimer, à se perdre soi - même et se battre pour arriver à se trouver… La société peine à trouver un équilibre. Elle peine à s’entraider et à s’améliorer. On broie du noir, on voit rouge et on rit jaune. On essaye de s’en sortir dans ce quotidien asphyxiant et soporifique. Mais ce n’est pas évident, surtout lorsqu’on y reste, et qu’on n’ose pas s’en extirper. On arrive à penser que nous ne sommes pas le réel capitaine de notre propre navire. Faux !

À l’heure d’Instagram, de ces photos de femmes ou d’hommes bien faits, aux corps dénudés, à cette fascination envers « l’influenceur », à ce concours de like, à cette soif de notoriété, aux DM douteux, à ce besoin de reconnaissance, d’existence à travers notre écran… on se perd, on se laisse toucher par ces informations qu’on avale chaque jour. Parfois inspirantes, pleines d’amour, d’art, de mots, de bébés, ou de chatons, de voyages ou de poésie… elles sont souvent, pleines de corps, d’exhibition, de sexualisation et de consommation.

Malheureusement, l’Homme est faible. Facilement influençable et tombant rapidement dans le vice, c’est en nous mettant face à des images plus ou moins subtiles, que notre esprit se voit brouillé, nos pulsions modifiées et notre couple fragilisé.


L’éducation de l’amour, si elle n’est pas influencée par nos parents, nos proches ou nous- même, se fera pour cette jeune génération, à travers la publicité, la télévision, le cinéma, Netflix, Tinder, Instagram, la pornographie… le tout de plus en plus tôt, de plus en plus accessible, et de plus en plus promu.

Cependant, il y a bien une chose qui reste inchangée entre mon époque et celle-ci : la pression exercée sur les filles, tout comme les garçons, sur nos premières fois. Notre premier copain, notre premier bisou, notre premier rapport sexuel. Parce que oui, pour être « IN », se fondre dans le moule et éviter toute mise à l’écart et sentiment d’anormalité, on se conforme aux « normes ». Plus tôt tu le fais, mieux c’est. Plus tu as de conquêtes, mieux c’est. Bien évidemment, en en parlant des années plus tard, on s’aperçoit que beaucoup se cachaient derrière  des mensonges. Mais quelle tristesse de devoir en arriver là…

Mon premier bisou, était en maternelle, sous le toboggan de la cour de récréation avec un certain Adrien. Mon premier petit copain, était en primaire. S’en est suivi quelques uns jusqu’au CM2. Nos relations duraient rarement plus de 2 mois (voir 2 semaines) et consistaient essentiellement à se tenir la main, s’offrir des bonbons, et de temps en temps, se faire des bisous à la BCD ou sous le préau.

Mon premier vrai petit copain, était il y a 3 ans et demi. J’avais 21 ans. Ma première relation sexuelle fut la même année, avec ce même petit copain. Il s’avère qu’aujourd’hui, c’est mon fiancé et le père de ma fille.

Entre mes 11 ans et mes 21 ans, j’étais Naty, celle qui attendait le « bon ». Celle qui pouvait paraitre utopiste, mais qu’on comprenait. Celle qui était « trop » mature pour son âge. Mais celle qu’on enviait et admirait parfois, lorsqu’à mes 18 ans, puis mes 19 ans ou encore mes 20 ans, j’en parlais ouvertement et sans honte à mes amies ou ces filles que je croisais le temps d’une soirée. Parce que j’en ai eu des discussions sur ce sujet. Parce que j’en ai écouté des confessions sur “leur première fois” et la pression sociale. Je me retrouvais parmi elles, les comprenant, les écoutant, leur disant qu’elles n’avaient pas à regretter. Puis certaines en étaient fières et assumaient leurs nombreuses conquêtes. J’aimais leur confiance en elles et leur prise de position. On pouvait rentrer dans un débat, toujours très respectueux et passionnant. C’était beau. Parce qu’à cet instant, notre capacité à écouter, toujours sans jugements, fut grande. On comprenait les convictions de chacune et on les respectait.

Puis j’observai les garçons de mon âge, souvent les mêmes. La même façon de s’exprimer, les mêmes sujets de discussions, cherchant à conquérir le monde et les filles. Des garçons bons, gentils, mais un peu perdus.

Si mon parcours est ainsi et que j’ai attendu, croyant que le « bon » arriverait, c’est en grande partie grâce à mes parents. Ma soeur et mon frère, ayant eu la même éducation, en sont notamment les fruits. Nous trois, avons été plus ou moins « mis à l’écart » de certains « pièges » de la vie. Et pour le coup, la coïncidence ne peut être prise en compte. Trois êtres, aux tempéraments différents, au parcours, aux envies et passions différentes, mais trois êtres qui croient en l’amour et souhaite se battre “pour”. On peut en déduire que l’exemple parental et leur justesse fut efficace.


Est-ce que le temps des mots d’amour, du respect, de la patience, du romantisme, de la stabilité me manque ? Oui, sûrement. J’ai eu la chance d’avoir cette transmission de l’amour. Voir que les nouvelles générations tendent vers son opposé me fait remettre en question cette société et son véritable objectif. Je n’y peux rien, si ce n’est : poser les mots sur ce sujet qui me pousse au questionnement.

Qu’est-ce que l’on souhaite réellement transmettre à nos enfants, aux générations futures ? Est-ce que l’Amour, la vie de couple, n’existent plus vraiment ? Est-ce dérisoire ou un véritable tissu de mensonges que l’on nous vend à travers les contes ? Est-ce qu’il faut obligatoirement passer par la souffrance pour accéder au bonheur ? Est-ce qu’il faut tester, encore et toujours plus, pour approuver et se rendre compte qu’en réalité on a perdu un temps conséquent à naviguer de corps à corps, d’âme en âme pour pas grand chose ? Même si, on ne peut regretter. Parce qu’au final, on apprend tous de notre passé, de nos rencontres et de nos conquêtes.

Mais j’ai tout de même tendance à croire que l’on peut changer les choses et décider de la vision que nous avons du couple et de cette construction de l’amour.

L’amour se ressent et se vit, puis s’entretient, se communique et se réajuste.

Parce qu’un couple ensemble depuis 40 ans nous inspire le respect, parce qu’un couple qui construit nous fascine, parce qu’un couple qui se relève malgré les chutes nous apprend. Parce qu’au fond, on rêve tous, depuis l’enfance, de trouver LA bonne personne pour vivre cette folle aventure qu’est la vie. Certains n’en ressentent peut être pas le besoin. Souvent dû à un traumatisme vécu ou une rupture douloureuse. Mais beaucoup, passé un temps, s’en lassent et commencent à rechercher la stabilité.


Alors oui, j’apprendrais à mon fils le respect, la patience, l’art de communiquer, la fidélité. Je lui éviterai au maximum les mauvaises influences, de ses camarades, de la télévision, des publicités, des réseaux sociaux… Je lui dirai qu’il n’est pas obligé de se conformer à cette société, à son époque. Que c’est ce qu’on lui fait croire. Mais qu’il peut rester cet enfant bienveillant et conscient, poli et franc. Que l’enfant qu’il est, soit fier de l’homme qu’il sera. Et que l’homme qu’il sera, soit fier du père qu’il deviendra. Je lui dirai que trouver la femme qui partagera sa vie, la garder auprès de lui et la rendre heureuse sera sa plus grande victoire ; qu’elle est bien plus dure et bien plus belle que d’en conquérir une dizaine, une vingtaine… Qu’il sera sûrement plus heureux en construisant à deux que seul. Je lui confierai que ce qui lie un couple, est de regarder dans la même direction et de partager les mêmes principes. Bien évidemment, je lui dirai que la vie n’est pas un “Disney”. Qu’il se peut que l’amour le blesse, le déchire. Mais je le pousserai à y croire, à ne pas tomber dans la facilité par pur désespoir ou par déception. Jamais je ne jugerai ses choix, mais je l’encouragerai à faire les bons, pour son bien.

Alors oui, j’apprendrais à ma fille le respect, la patience, l’art de communiquer, la fidélité. Je lui éviterai au maximum les mauvaises influences, de ses camarades, de la télévision, des publicités, des réseaux sociaux… Je lui dirai qu’elle n’est pas obligée de se conformer à cette société, à son époque. Que c’est ce qu’on lui fait croire. Je lui dirai de se respecter et de s’écouter. De se trouver pour ensuite se mettre à chercher celui qui méritera son amour. Qu’elle garde cet enthousiasme, cette créativité, cette confiance d’enfant. Que l’enfant qu’elle est, soit fière de la femme qu’elle sera. Et que la femme qu’elle sera, soit fière de la mère qu’elle deviendra. Je lui dirai que trouver l’homme qui partagera sa vie, le garder auprès d’elle , et le rendre heureux sera sa plus grande victoire. Je lui confierai que ce qui lie un couple, est de regarder dans la même direction et de partager les mêmes valeurs. Je lui dirai de se préparer à faire le bon choix, de trier parmi ses princes charmants. Je la pousserai à se faire respecter et à s’imposer. A rester forte malgré les peines, et à remonter la pente malgré les chutes. Qu’elle peut se brûler les ailes ou pleurer mais qu’il faut toujours en parler. Jamais je ne jugerai ses choix, mais je l’encouragerai à faire les bons, pour son bien.


La vie est une suite de transmissions, d’expériences et de valeurs. J’ai fais le choix d’arpenter le chemin de mes parents, et l’adaptant et l’ajustant en fonction du mien et celui de mon binôme. Parce que je sais que dans mon cas, j’ai été épargnée. Comme ma soeur et mon frère. A l’instar de beaucoup, les cicatrices se sont fait rares. Cela vient principalement de l’éducation qu’on nous a offert. Grâce à cette croyance en l’amour, prouvé, vécu, démontré.

Mère à mon tour, mon plus grand souhait n’est autre que d’offrir à ma fille l’amour le plus vrai et le plus fort qui soit… Sans l’étouffer ni l’accabler. Je souhaite qu’elle s’épanouisse et que son enfance influence son futur positivement.

Je souhaite qu’elle voit en moi et son père, un exemple parfaitement imparfait du couple. Afin que lui vienne à son tour, l’envie de vivre sa propre histoire d’amour. Et surtout, qu’elle puisse accéder au bonheur. Bonheur rare que j’ai la chance de vivre aujourd’hui, grâce et avec ceux que j’aime.