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Reflexions

La comparaison

. lecture : 10 minutes . Écrit par Naty FEDERICI
La comparaison

En cette période particulière, j’ai envie de tout et de rien. De tout faire et de ne rien faire. De créer, d’innover, de bronzer, de dormir, de manger, ou de faire à manger, etc... Sûrement par peur de l’ennui, j’anticipe ces instants de flottement qui pourraient me perdre un instant. J’imagine que dans l’inconscient humain, l’interdiction et l’enfermement nous poussent à contrer les règles en faisant tout son contraire. Alors, afin de contrôler nos besoins primaires, on devient de grands créateurs. On se met à produire pour le plaisir ou pour éviter de périr.

Puis les réseaux sociaux viennent s’y ajouter. Cela fait maintenant trois semaines que le confinement nous a été imposé. Trois semaines que l’on continue de scroller, d’alimenter nos feed et nos stories. A cet instant, la plateforme aux milliards d’images peut devenir aussi inspirante que dangereuse. Dans cette ferveur et cette folie créative, notre productivité supposée rester saine et délibérée, peut vite muter en pression ou oppression personnelle.

Aujourd’hui, ce breuvage dense que j’ai décidé de vous servir, va introduire ce besoin, presque inné, de se comparer. Cette pression, presque manipulée, de se dévaluer. Cette soumission, presque machinale, envers ce réseau social.


27 jours. Bientôt un mois !

Un mois que notre monde a bien changé, que le monde à tourné. Je ne vais pas vous mentir, mon confinement est plutôt agréable. Je fais partie de ces chanceux, pouvant respirer en extérieur, et se conforter en intérieur. Entourée d’amour, de mes amours, de ce soleil du sud cognant chaudement, de ce platane imposant, déjouant les rayons trop encombrants.

Je passe mes journées à les diviser pour mieux en profiter. Elles sont rythmées par Noa, du haut de ses 20 mois. Premier réveil, 7h. Tétée du matin, on se rendort ventre contre ventre, coeur contre coeur. Deuxième réveil, 9h. Au tour de papa de prendre en main. Moi, je me rendors si mon corps me le demande ou je me lève si mon esprit est tout ouïe.

Les journées se ressemblent beaucoup, parfois jamais. Mais l’ennui, avec un enfant, n’est pas permis. Alors on joue, on profite au soleil, on fait de la balançoire, on dessine seul ou accompagné, on danse, on appelle la famille et les amis, on va voir les ânes, on se balade. Je passe l’aspirateur, je fais la vaisselle, je fais des cookies, des tartes aux pommes, des muffins à la banane, des tartes aux poireaux, aux champignons, aux oignons…Et forcément, je me fait prendre en otage par une série, qui me retient prisonnière chaque soir. Son nom : « The Handmaid’s Tale » (que je conseille à tous ceux qui souhaitent déprimer et bien pleurer).

Puis, on continue d’alimenter nos passions respectives. Je tourne des vidéos, réfléchis à de nouveaux projets et continue d’écrire sur ces sujets qui m’importent lorsque l’occasion et l’envie se présentent. Sur ces sujets, qui j’ose le croire, se différencient des « Outfit of the day », des danses Tik Tok, et autres challenges en couple… Je réfléchis au programme de demain, au futur, au présent.

En réalité, ces dernières semaines insufflaient cet arrière goût de vacances d’été. Il faut dire que nous sommes loin d’être à plaindre dans notre petit cocon boisé, au pâturage verdâtre. Je remercie Dieu chaque jour pour cette chance qui m’est donnée, et pense à ceux qui restent intérieurement et moralement, confinés.

Je lis également. Des livres, des magazines en ligne, des mots sur les réseaux sociaux. Je continue de prendre des photos. Ces beautés environnantes et inspirantes, surtout dans ces choses simples du quotidien. Puis, je continue de les partager. De partager ce que j’aime, les belles choses, la lumière et ses jeux d’ombres. A travers les Facetime et les stories.

Et oui, les fameuses stories. Ces « histoires » qui peuvent être traduites par ces « récits » ou ces « mensonges » (pour certains). J’en regarde tous les jours des « histoires ». Un peu le matin, un peu après 13h, un peu en soirée, ou aux toilettes (majoritairement, pour être tout à fait honnête avec vous).

Ces stories Instagram, où l’on partage nos dernières 24 heures. Ces heures de vie, qui forment ces fameuses « histoires ». Chez certains, elles s’apparentent à une belle oeuvre autobiographique. Chez d’autres, elles se rapprochent davantage de cette fiction, tout droit sortie d’un best seller. A cet instant, on distingue clairement les lecteurs des éditeurs. Certains endossent les deux rôles, sûrement pour élargir leurs « compétences ».


On ne va pas se mentir, déjà plutôt addictive comme plateforme, en cette période de distance sociale, elle nous rapproche toujours plus des autres êtres humains, leurs téléphones au bout des doigts, plantés face à leurs pupilles écarquillées. Chaque jour on s’impose ces photos avec filtres, sans filtres, « photoshopées » ou bien cadrées. Ces belles femmes, ces beaux hommes, ces beaux bébés, ces beaux chiots et ces beaux chatons. Ces beaux plats, ces beaux lieux, ces beaux arts, ces beaux mots. Toutes ces photos « instagrammables », nous les adorons comme nous les détestons.

Instagram c’est un peu le piège que tu souhaites éviter, mais beaucoup trop séduisant et intriguant pour lui échapper. Un peu comme un labyrinthe. Une fois l’entrée franchie, c’est difficile d’accéder à la sortie.

On pourrait lui jeter la pierre. C’est d’ailleurs le discours de beaucoup. Selon moi, son véritable défaut, n’est autre que son pouvoir addictif. (voulu bien évidemment par ses créateurs). Le reste, ne dépend que de nous et notre vision. De nous et notre confiance. De nous et notre faculté à se contrôler. Au fond, ce phénomène de « likes » et de « followers » n’atteint que ceux qui y accordent de l’importance.

On le sait tous, le véritable souhait de l’humain est d’être aimé. Un « like » traduit cette validation, ce petit « j’aime » te rend légitime et te « valide ». A cet instant, tu te sens moins seul. Mais, il se distingue vite deux catégories de personnes. Celles qui y accordent peu d’importance, et celles qui en font un marathon olympique. Une course aux likes, aux followers, une course à la reconnaissance, une course à la rentabilité. Une course à l’auto-satisfaction, une course à l’amour. Une course qui aurait pour trophée le comblement de ce vide et de ce manque.

Instagram ne m’atteint pas. Si ce n’est sur le temps parfois perdu à scroller machinalement dans le vide et sans fin. Non Instragam tu ne m’auras pas. Il est trop tard. L’heure de me comparer, de me sous-estimer, de me dévaluer, de me surpasser pour l’autre, m’est passée. Elle s’est présentée beaucoup trop de fois, selon moi. Mais cette heure apparaît, au moins une fois, à chacun. C’est humain.


Je me souviens de ces temps d’enfant. De ces cours de récrés, de ces moments de goûters, de ces files bien rangées. De ces contrôles bien évalués, de ces crayons bien taillés, de ces agendas bien customisés. Je me souviens de ces passages en petite, moyenne et grande section. De ce passage du collège, au lycée. Je me souviens de cette mutation d’enfant à adolescent. Je me souviens alors de ces filles et de ces garçons bien sapés, toujours bien accompagnés et invités aux soirées. Ces filles belles, suivant les tendances, parfois avant-gardistes. Celles que l’on admire secrètement, que l’on imite inconsciemment. Ces filles dites « populaires ».

Mais « populaires » selon qui ? Je pense que c’est en grande partie « grâce » à nous qu’elles le deviennent. Plus précisément, grâce à notre besoin de comparaison, et d’autoflagellation. Ce manque de confiance qui vient s’immiscer et nous imposer cette mini « hiérarchie », selon divers critères, pour certains, superficiels.

Quant à moi, je faisais partie de ces filles dites « normales ». Naturelle, pas de prise de tête, plutôt sage, intelligente mais pas « intello », jamais au premier ni au dernier rang, qui a pu sécher les cours délibérément mais très occasionnellement. Cette fille entourée de quelques amis fidèles, pour qui la qualité ne rimait pas avec quantité. Celle qui aimait les fêtes plutôt intimistes, qui ne fumait pas et qui ne buvait pas. J’étais un peu l’artiste, celle qui aimait déjà dessiner et rédiger. Celle qui s’intéressait à tout sauf aux garçons. Celle qui pensait ne pas plaire, celle qui ne se sentait pas assez belle, pas assez « tout ». J’étais donc loin, d’être cette fille « populaire ». J’étais cette fille qui manquait de confiance et qui admirait celles qui transpiraient d’audace.

Arrive l’étape où tu te compares. Ce plongeon en eaux troubles qui te noie à grosses gouttes. A cet instant je me sens invisible, inutile, incapable. Parce qu’elle est « plus ». Plus créative, plus belle, plus drôle, plus confiante, plus stylée, plus riche, plus sereine, plus attentive, plus raffinée, plus indépendante, plus impliquée, plus voyageuse, plus grande, plus fine, plus, plus et encore plus.

Alors je deviens moins. Moins créative, moins belle, moins drôle, moins entreprenante, moins cultivée, moins cool, moins extravagante, moins reposée, moins attirante, moins courageuse, etc…. moins, moins, et encore moins. J’additionne chez elle, je soustrais chez moi. Et comme figée, je n’arrive plus à avancer. Pourtant, si j’avais croisé Monsieur Lagarfeld à mes 13 ans, il m’aurait répondu très justement : «  La personnalité commence là où la comparaison se termine ».

Les années passent et s’accumulent au compteur. Je prends de l’âge. Je suis majeure. Je fais peu de dérapages mais prends beaucoup de virages. J’ai 21 ans. Je comprends rapidement, que ce blocage doit être lapidé par un nouveau démarrage. Je comprends que j’en suis le véritable rouage, ce frein à main qui décide si ça bloque ou si ça fonce.

Alors ces eaux troubles m’apparaissent plus nettes. Je décide de rejoindre le bord avant d’atteindre l’obscurité des abysses. Un défi sportif, certes, mais qui permettra ce retour aux eaux claires, pour une vie plus lisse. Et je l’admets. J’admets que ces filles populaires nous les avons idéalisées. Nous admirions leurs qualités, et voilions les nôtres. Nous fantasmions sur leur vie. Vie que nous créions à travers une réalité souvent démesurée, sûrement plus douce et plus rose que celles qu’elles vivaient. Au final, elles étaient comme moi et ma voisine, avec leurs qualités et leurs défauts, leurs bonheurs et leurs malheurs.


Aujourd’hui j’ai 24 ans. Et ça fait quelques temps que j’ai compris que m’accepter était la clé. Cette clé que l’on essaye de vous vendre par milliers à travers ces livres de développement personnel, ces phrases toutes faites (parfois surfaites) mais aux messages si vrais, touchant en plein coeur, nos neurones cérébraux et toutes leurs émotions confondues.

Se développer personnellement. Chacun avec ses charges émotionnelles, ses poids légués du passé et son rythme induit par sa propre perception. Alors on lutte, contre les peurs, les pensées négatives, les croyances, les modèles sociaux, les interdits, les idéaux, la perfection, l’inconscient collectif, les autocensures.

Je me suis échappée de cette cage invisible, auto-façonnée. Je me suis libérée de ce qui pouvait me maintenir dans l’inertie. Je me suis permise d’être libre. Libre de choisir, libre de m’écouter, libre de penser, libre d’agir, libre de dire oui ou de dire non. Libre de vivre la vie que j’imaginais, que j’ai longtemps peins d’ images édulcorées.

Ma confiance (ou mon acceptation) a commencé à s’affranchir lorsque j’ai compris que les choix m’appartenaient. Lorsqu’en Septembre 2016 j’ai décidé d’arrêter mes études pour me trouver, du moins commencer à me chercher. Dès cet instant, tout s’est accéléré. Je fonçais tête baissée, essayant d’éviter les peurs qu’on me renvoyait ou que je m’imposais. Puis en Novembre 2016, l’Amour est venu à moi et m’a portée un peu plus loin. En Juillet 2018, ma fille est née. Tout s’est concrétisé. La jeune femme que j’étais se trouvait face à ses nouvelles responsabilités. Je devenais Mère. Le reste m’apparaissait si futile et léger. L’influence extérieure devenait limpide, jusqu’à finir invisible.

On se découvre guerrière, courageuse, entreprenante, aimante. Je crois qu’il vient de là, le véritable « développement personnel ». Il vient de ces étapes franchies, de ces multiples rôles à jouer, de ces nombreuses rencontres remarquées, de ces diverses chutes remontées. Il vient de ce lâcher prise, de cette confiance en la vie, en cette vision et cette paix donnée. Cette paix qui vient surtout de ma foi en celui qui m’accompagne, celui qui soulève mes pas et les dessine devant moi.

J’ai bien saisi. La clé, ma clé, est synonyme de bonheur, mon bonheur. Un bonheur qui reste personnel, et techniquement incomparable. Lorsque l’amour est comblé, la reconnaissance est donnée, à quoi bon persister à se comparer ?


Finalement, c’est là que se trouve l’inspiration. Dans ce qui m’entoure, me traverse et me caresse. En ces filles « populaires » et ces filles « impopulaires ». Tous ces corps renfermant ces âmes que je croise et que j’enlace. La critique, l’envie, la jalousie s’éteignent face à cet amour et cette paix qui s’embrasent à l’infini. A nous de voir dans la comparaison, de l’inspiration.

Je m’inspire de cette femme assise à la terrasse du café, tapotant sur son clavier, de cette mère épuisée traversant la rue avec ses quatre enfants, de cette grand-mère un peu courbée, aidant son mari à se relever, de cette adolescente rêvant d’indépendance et de changement, de cette petite fille riant aux milles éclats… Je m’inspire d’inconnus, de ma grand-mère, de ma mère ou de ma fille. Parce qu’elles sont vraies, même celles photoshopées.

Alors non, Instagram ne m’aura pas. Je ne me compare pas, je ne me compare plus. C’est un outil, une fonction. C’est un partage, une inspiration. C’est un choix assumé de dévoiler avec simplicité et humilité, un bonheur trouvé et mérité. Alors oui on met du beau, du poétique, de l’esthétique. Et alors ? On recherche tous cette satisfaction, qui peut, chez certains, mener à l’admiration.

Alors créons et partageons tant que l’envie nous vient et que la maitrise nous soutient. Prenons du recul sur ces milliards d’images. Et surtout, évitons les jugements aveugles, imposés par les plus malheureux. Ceux dont le vide reste à combler et qui s’efforcent de le remplir par l’aigreur et la jalousie. Ceux qui finissent, par désespoir, à se voir envieux.


Alors, on observera cette ferveur et cette folie créative, qui nous insufflera cette productivité saine et délibérée, balayant toutes pressions ou oppressions personnelles. Dessinons, écrivons, lisons, éduquons, dansons, parlons, chantons, cultivons, innovons. Fille « populaire »  ou « impopulaire », qu’importe, ça n’existe pas. Cette fille c’est toi, c’est moi. Cette fille c’est la tienne, c’est ton amie. Cette fille c’est la libraire, c’est la mannequin en couverture de magazine.

Au final, dans ce monde submergé de folie, où tout s’emballe, tant bien que mal, l’important réside dans notre bonheur. Celui qui dure, celui que l’on touche, celui que l’on respire, celui qui ne risque pas de disparaitre une fois l’écran verrouillé et la session fermée. C’est celui qui nous permet de nous assumer, de s’inspirer et non plus de jalouser, d’inspirer, sans affabuler une histoire édulcorée. Celui qui nous permet de créer sans limite, sans pression et sans jugement. Celui qui nous offre la sagesse d’apprécier de belles promesses plutôt que ces autres photos de paires de fesses. Ce bonheur que l’on atteint en savourant ces petits riens. Et surtout, ce bonheur qui fait passer les « Je t’aime », bien avant les « j’aime ».